Des volières du parc ornithologique Paradisio à Edenya, dernière réalisation en date à Pairi Daiza (Brugelette), le chemin parcouru en une trentaine d’années par Eric Domb et son équipe est impressionnant, toujours balisé par l’ambition de permettre au plus grand nombre de s’émerveiller devant la beauté de la nature afin de la respecter. Jérémy Lannoy, responsable des grands projets et du développement durable à Pairi Daiza et Pascal De Beck (Silent Architecture), architecte extérieur en chef du Parc, évoquent les ambitions et défis de ce projet unique couronné également « plus grande serre tropicale du monde » par le Guiness Book of Records.
Avec des milliers d’animaux et de végétaux du monde entier réunis au fil de l’eau dans une serre de 4 ha dans laquelle il est même possible de loger pour une immersion totale, Edenya n’a pas d’équivalent ailleurs sur la planète. Ce manque de références fut d’ailleurs un premier défi à relever par les concepteurs. Pascal De Beck explique : « Contrairement aux autres Mondes du parc, Edenya présente au public la ceinture équatoriale sur différents continents, sans donc se limiter à une seule région géographique. Un paysage continu et cohérent sur 3 niveaux (sol, canopée et . subaquatique) permet au visiteur de découvrir librement 6 biotopes (rainforest, dry forest, riverine, beach, cliff jungle, waterfall), avec l’eau comme fil rouge narratif. »

Pour abriter une telle diversité, le choix des concepteurs s’est porté sur une vaste structure vitrée d’environ 200 m de côté avec toiture (quasi) plate offrant une hauteur libre de plus de 20 m.
Un système tridimensionnel permettant des portées exceptionnelles de 50 m libère le sol pour un aménagement paysager fluide. Un double vitrage haute performance assure transparence et isolation thermique. Quant aux imposantes installations techniques requises pour le confort des animaux, plantes et visiteurs (notamment la filtration des bassins), elles ont été conçues invisibles, inaudibles et inodores, cachées dans le relief du paysage.
Abandonnant la logique traditionnelle des zoos compartimentés en enclos fermés, Edenya met en œuvre, à l’instar de Pairi Daiza, une approche innovante de mixité animale afin de recréer la complexité des interactions naturelles tout en assurant la sécurité. Plusieurs espèces cohabitent dans des territoires emboîtés : par exemple, oiseaux en liberté dans toute la serre, lémuriens dans une zone limitée, elle-même divisée en sous-zones où vivent des petits carnivores comme les fossas et les fennecs. Pascal De Beck relève :
« Fabriquer un paysage naturel sur le site nu et plat de l’ancien parking, en créant une tension entre la montagne (une tour technique) et la mer (lagune), a constitué un défi majeur. »

Pour Jérémy Lannoy, le défi principal fut de concevoir une serre écoresponsable offrant un climat stable aux animaux et aux plantes tout au long de l’année. Sur ce plan également, l’eau joue un rôle majeur, la récupération des eaux de pluie alimentant l’arrosage automatisé.
Abritant des zones climatiques distinctes (sèches, humides) grâce à des systèmes de ventilation et de déshumidification adaptés, la serre est conçue comme une « boîte » parfaitement isolée, respectant les mêmes exigences énergétiques (PEB) qu’un hôtel de même taille.
L’énergie utilisée pour la ventilation et le chauffage (par une série de PAC) est renouvelable, grâce à la capacité du carport solaire existant et à la géothermie (en cours de réalisation), le recours à l’énergie fossile n’étant envisagé qu’en cas de défaillance des systèmes principaux. L’hiver, la consommation énergétique est optimisée par une ventilation mécanique avec échangeur de chaleur, pilotée par une centrale météo. L’été, le free cooling limite la différence de température entre intérieur et extérieur à 3°C.

Ayant assuré durant 4 ans la coordination complexe entre une centaine d’entreprises – dont 90% sont belges – du petit artisan (faux rochers, toits de chaume, …) aux grandes entreprises spécialisées (béton, aquarium, structures de serre, …), Jérémy Lannoy se réjouit du résultat, même si l’acclimatation des plantes et des animaux demandera encore du temps : « L’ouverture d’Edenya au public est à mettre au crédit d’une longue aventure humaine, à laquelle chacun a apporté sa contribution en gardant le cap, malgré des périodes de doute et des moments plus difficiles. Merci à tous d’avoir rendu possible cette réalisation véritablement unique ! »