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« Nous construisons comme si chaque bâtiment fonctionnait en permanence à pleine capacité – il faut que cela change »
Chris Poulissen, managing director NP-Bridging

« Nous construisons comme si chaque bâtiment fonctionnait en permanence à pleine capacité – il faut que cela change »

Aujourd’hui, nous construisons comme si chaque bâtiment fonctionnait en permanence à pleine capacité. Comme si tous les occupants étaient présents en même temps et que toutes les installations devaient donc fonctionner à plein régime simultanément. Il faut que cela change, car la réalité est bien plus nuancée. Pour y parvenir, il serait utile de ne plus considérer la réalisation d’un bâtiment comme la somme de disciplines distinctes, mais d’adopter une vision et une approche globales, qui intègrent également la dimension temporelle.

Prenons l’exemple les appartements à la côte. Une grande partie d’entre eux reste inoccupée en moyenne jusqu’à 90 % de l’année. Pourtant, nous concevons souvent les systèmes de chauffage, les installations électriques et les infrastructures de recharge comme si chaque appartement était occupé en permanence. Même chose pour les parkings : certains promoteurs prévoient aujourd’hui une centaine de bornes de recharge pour une centaine de places de stationnement, alors que seule une partie limitée du parc automobile est électrique et que ces places restent vides en moyenne 75 % du temps. Pendant des années, le secteur de la construction s’est habitué à concevoir ses projets en fonction des pics de demande. Cela procurait un sentiment de sécurité. Mais aujourd’hui, nous nous heurtons de plus en plus fortement aux limites de cette approche : l’énergie devient plus chère, les matières premières se raréfient et les installations techniques gagnent en complexité. Nous devons donc oser nous demander si « plus »signifie automatiquement « mieux ». Pour moi, c’est là que réside l’un des principaux défis des années à venir.

Ce qui aggrave le problème : nous considérons encore trop souvent les bâtiments comme la somme de disciplines distinctes. Architecture, techniques, finances, exploitation : chacun travaille dans son coin. Or, un bâtiment ne fonctionne pas en silos. Tout influence tout. Une décision concernant la ventilation a un impact sur la consommation d’énergie. La mobilité influence l’infrastructure électrique. Les choix de matériaux déterminent les coûts d’entretien à long terme. C’est pourquoi je crois fermement en une approche globale, fondée sur trois éléments : la culture, l’argent et la matière.

La culture, c’est la collaboration. C’est la volonté de dépasser les limites de sa propre discipline, y compris sur le plan financier et contractuel, et de se projeter sur le long terme. Aux Pays-Bas, on constate de plus en plus souvent qu’une seule partie se voit explicitement confier la responsabilité de cette cohérence globale. En Belgique, les projets restent encore trop souvent fragmentés. Chacun optimise sa propre partie, mais personne ne veille à l’ensemble. L’architecte, lui aussi, n’a qu’une mission limitée et n’est absolument pas formé pour cela.

Contrairement à ce que j’observe encore souvent, l’argent ne se limite pas à l’investissement initial. Un système bon marché qui consomme beaucoup d’énergie ou s’avère difficile à adapter peut, à terme, s’avérer un choix coûteux. Nous devrions donc beaucoup plus considérer les bâtiments, y compris leur financement et leur fiscalité, sous l’angle de leur cycle de vie complet.

Et puis il y a la matière : la réalité physique des matériaux, des techniques et des matières premières. Le secteur de la construction a un impact écologique énorme. Cela signifie que nous, partenaires de construction, devons nous demander à chaque projet ce qui est vraiment nécessaire. Pas de manière théorique, mais concrète.

À mon avis, l’avenir des techniques du bâtiment ne repose donc pas tant sur davantage de technologie que sur une meilleure coordination. Cela permettra de mieux cerner l’utilisation réelle, de réduire le surdimensionnement, de diminuer les coûts d’investissement et de limiter le gaspillage. En réalité, cela ne nécessite pas de révolution, mais simplement du bon sens et la volonté de se rencontrer pour collaborer.

Chris Poulissen, managing director NP-Bridging

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