La Wallonie est résolument engagée dans la transition énergétique, un défi colossal et passionnant à la fois. Au cœur de cette mutation, deux technologies émergent comme des leviers incontournables pour assurer un avenir bas-carbone : l’hydrogène vert et les parcs de batteries. Ces solutions, complémentaires et stratégiques, permettent de répondre aux défis de l’intermittence des énergies renouvelables et à la nécessité de décarboner l’industrie lourde et les transports. Petit état des lieux, ambitions, et défis pour la région.

,La production d’hydrogène vert représente un enjeu majeur pour la Wallonie. Contrairement à l’hydrogène gris, produit à partir de gaz naturel et responsable de fortes émissions de CO2, l’hydrogène vert est obtenu par électrolyse de l’eau, en utilisant de l’électricité issue de sources renouvelables. C’est précisément cette technologie qui intéresse la région, désireuse de réduire ses émissions tout en préservant sa compétitivité industrielle. La Wallonie souhaite donc se positionner comme un acteur clé grâce à ses infrastructures de transport et de distribution, ainsi qu’à sa capacité de production locale d’hydrogène. Sa situation géographique au cœur de l’Europe en fait un point nodal stratégique pour la logistique de l’hydrogène, renforcé par un écosystème industriel dynamique et des investissements ambitieux.
Le gouvernement wallon soutient activement le développement de l’hydrogène à travers des stratégies ambitieuses, comme l’Initiative Stratégique d’Innovation (IIS) pour l’hydrogène. En parallèle, des infrastructures comme H2Hub Valley renforcent la capacité de stockage et de distribution de l’hydrogène en Wallonie, complétant ainsi son rôle de hub européen.

John Cockerill, acteur historique basé à Seraing, joue un rôle central dans cette dynamique. Son expertise dans la fabrication d’électrolyseurs place la Wallonie sur la carte européenne de la transition énergétique. L’entreprise ne se contente pas de produire des machines : elle participe activement à des projets pilotes dans l’industrie et les transports, intégrant l’hydrogène vert comme solution de décarbonation. Ces projets concernent notamment l’acier, la chimie et la mobilité lourde, des secteurs où l’électrification directe reste limitée. Les ambitions affichées sont claires : atteindre 250 MW de capacités d’électrolyse installées d’ici 2030 en Wallonie, une étape cruciale pour l’autonomie énergétique régionale. Le projet Vallhyege (60 millions d’euros), porté par Colruyt et John Cockerill, avec un financement de 25 millions d’euros de la Région wallonne, vise à faire de la Wallonie une vallée de l’hydrogène. Sélectionné par le gouvernement wallon, ce projet sera implanté à Engis (Liège) par Virya Energy et représentera la première unité de production d’hydrogène vert en Wallonie, avec une capacité initiale de 15 MW (1500 tonnes d’hydrogène bas-carbone), extensible à 25 MW. L’hydrogène produit alimentera des infrastructures locales, notamment une barge et une station routière lourde au Trilogiport, ainsi que la station DATS24 de Herve et potentiellement une future station à Liège Airport.
Mais pour que l’hydrogène vert tienne ses promesses, encore faut-il pouvoir compter sur une électricité bas-carbone abondante et une flexibilité du réseau suffisante pour absorber les pics de production. C’est là que les parcs de batteries entrent en scène. La montée en puissance des énergies renouvelables, notamment le solaire photovoltaïque et l’éolien, accentue l’intermittence de la production.
Sans solution de stockage efficace, l’électricité verte risque d’être perdue lors des périodes de faible demande ou de surproduction. On estime aujourd’hui qu’à l’échelle de la Belgique, la capacité des parcs de batteries sera décuplée en l’espace de deux ans, car les projets se bousculent.

En Wallonie, Eneco a inauguré récemment à Ville-sur-Haine ce qui est – très provisoirement – le plus grand parc à batteries de Belgique (200 MWh). Plusieurs autres projets de batteries à grande échelle voient le jour, portés par des acteurs privés et des consortiums industriels. Parmi les nouveaux projets, on trouve notamment un grand parc de batteries de 270 MWh que le consortium Estor-Lux II prévoit de construire à Aubange, en province de Luxembourg. C’est 10 fois plus qu’ Estor-Lux I, à Bastogne, qui avait fait office de pionnier belge lors de sa mise en service fin 2021. Luminus construit actuellement un parc de batteries de plusieurs centaines de MWh à Visé, en province de Liège. Citons également BSTOR sur le site de Duferco à La Louvière (140 MWh).
TotalEnergies à Feluy, … Ces projets illustrent la dynamique wallonne et son ambition de sécuriser l’approvisionnement en électricité tout en stabilisant le réseau. Techniquement, les batteries offrent plusieurs services indispensables : elles stockent l’électricité excédentaire pour la restituer lors des pics de consommation, stabilisent la fréquence du réseau et participent à l’équilibrage via les marchés d’ajustement. Différentes technologies coexistent : lithium-ion, sodium-ion et batteries à flux (flow batteries). Chacune présente des avantages spécifiques : les lithium-ion pour la densité énergétique et la réactivité, les batteries à flux pour leur durée de vie et leur modularité. Malgré ces avancées prometteuses, la filière batteries doit encore surmonter plusieurs obstacles. Le cadre réglementaire est souvent jugé trop complexe et freine le déploiement rapide des projets. Les autorisations administratives, bien que nécessaires, allongent considérablement les délais de mise en service. Les coûts d’investissement restent élevés, même si les prix des batteries ont chuté ces dernières années. Leur rentabilité dépend encore largement des signaux de marché et des mécanismes de soutien. Enfin, l’acceptabilité locale représente un enjeu non négligeable : l’installation de grandes unités de stockage ou d’électrolyseurs suscite parfois des inquiétudes parmi les riverains, soucieux des risques perçus et de l’impact visuel.

Face à ces défis, la Wallonie entend accélérer le mouvement. D’ici 2026, un plan d’action sera lancé pour simplifier les procédures, clarifier les règles d’implantation et encourager l’innovation via des financements européens. La coopération transfrontalière, notamment avec les Pays-Bas et l’Allemagne, jouera un rôle clé pour mutualiser les capacités de stockage et relier les hubs d’hydrogène vert. Au-delà des aspects techniques, ces deux filières sont étroitement liées à la compétitivité économique de la Wallonie. L’hydrogène vert offre une alternative crédible à l’hydrogène fossile, permettant à l’industrie lourde de rester compétitive tout en respectant les objectifs climatiques. Les parcs de batteries, quant à eux, constituent la clé de voûte pour une intégration massive des renouvelables, permettant d’absorber l’intermittence et de sécuriser le réseau. En conclusion, l’hydrogène vert et les parcs de batteries s’imposent comme deux catalyseurs majeurs de la transition énergétique wallonne. Leur déploiement exige toutefois une vision claire, une simplification des procédures et un soutien politique et financier conséquent. À ce prix, la Wallonie pourra transformer ces technologies en atouts économiques et climatiques, consolidant ainsi sa place dans l’Europe de l’énergie propre.